Les ouvrières du fast-food : les enjeux sociaux du flux tendu dans la restauration rapide

Depuis les origines de l'industrie de la restauration rapide aux Etats-Unis, au début des années 1950, norme de consommation (une clientèle pressée et disposée à dépenser le moins possible pour manger) et norme des produits (des denrées rapidement périssables) se répondent méthodiquement. La production s'y fait depuis toujours en juste à temps . Pourtant, même s'il ne s'agit que d'une trouvaille empirique des acteurs de la branche d'activité, le principe productif dominant dans le fast-food consolide la matrice classique (Taylor/Ford) de rationalisation du travail et de la production. C'est le flux tendu ; et celui-ci génère un travail essentiellement peu gratifiant pour la majorité des producteurs. Ces producteurs, très souvent des jeunes âgés entre 18 et 24 ans, entrent et sortent dans les établissements à un rythme effréné.
Grâce à une étude que nous avons menée, à des degrés divers, chez Pizza Hut, McDonald's et Quick, nous sommes parvenus à la thèse que deux conditions sont nécessaires à la viabilité du flux tendu dans le fast-food. 1/ Un turn-over phénoménal, qui constitue une ressource de gestion: cela permet la seule présence dans les restaurants des équipiers dévoués à leur enseigne, tels les ouvrières dans leur ruche, chez les abeilles; 2/ Une disponibilité structurelle de cette main-d'oeuvre potentielle sur le marché du travail: les enseignes trouvent aisément et en permanence, de jeunes gens ayant envie de participer à la société salariale et de consommation.