La diaspora noire des Amériques : expériences et théories à partir de la Caraïbe

Migrations, diasporas, communautés : autant de notions, autant de
concepts - pour le moins ambigus - qui concernent les
populations noires des Amériques et s'inscrivent au coeur des
grands débats actuels. Comment en effet envisager la notion de «diaspora»
lorsque l'on est confronté à un tissu complexe de cultures diverses ?
Comment parler de «communauté» lorsque des peuples ne semblent se
conformer à aucun modèle stable d'identité, pas même à celui réputé
dynamique de l'«hybridité» ?
Utilisant les incertitudes de la notion de «diaspora», les ambiguïtés de son
usage, Christine Chivallon s'appuie sur les faiblesses du concept pour proposer
une approche inédite de la complexité des cultures noires
américaines et tenter de cerner dans leur pluralité les lignes de force en jeu.
Centré sur des exemples puisés dans la Caraïbe, l'ouvrage opère un va-et-vient
entre théories et expériences sociales. Il envisage l'histoire de la
transportation aux Amériques, la matrice des sociétés de plantations, les
résistances culturelles des esclaves et de leurs descendants, les situations
migratoires récentes depuis les Amériques, les diverses élaborations culturelles...
C'est, semble-t-il, grâce à un questionnement frontal de la
diversité, que des éléments d'interprétation de ce vaste ensemble culturel
peuvent être apportés. L'auteur propose une conception où la juxtaposition
et l'association de registres culturels contradictoires forment un agencement
qui est à mettre en rapport avec une approche du monde noir comme forme
résistante à toute culture érigée en système. Aucune thèse, qu'elle défende une
«africanité» ou au contraire une «hybridité» des peuples, ne saurait être
retenue si elle envisage un seul modèle d'identité et ignore cette composition
particulière issue du rapport historique à la violence esclavagiste.
À l'heure où les cultures fondées sur l'esclavage et où la notion de
«diaspora» font l'objet d'une attention particulière au sein de la
communauté scientifique, comme du grand public, cet ouvrage critique,
informé par les théories les plus récentes, notamment anglophones, fournit
une référence solide pour qui s'intéresse autant à la notion de diaspora dans
ses versions classiques et postmodernes qu'au monde noir des Amériques.