Lumières obliques : ironie et dialogues au XVIIIe siècle

Parodies, comédies satiriques, dialogues d'idée ou écrits libertins
: la littérature du XVIII<sup>e</sup> siècle offre un vaste florilège de dialogues
ironiques. Drôles, insolents et réflexifs, ces dialogues
expriment-ils pour la société du temps cette «oasis d'ironie» que
le philosophe Jankélévitch voit apparaître aux périodes de mutation
des mentalités collectives ?
Parodique, comique, philosophique ou libertine, l'ironie dialoguée
des Lumières porte les noms de l'époque : raillerie, satire,
persiflage, mystification, etc. Ses échappées vers le burlesque, le
satirique, le parodique, l'égrillard ne doivent pas égarer. Une
même intention subversive anime ces différents modes d'expression
indirecte. Il s'agit toujours de renverser les legs culturels du
siècle précédent qui constituent le bréviaire de l'honnête
homme : le sublime tragique au théâtre, les bienséances et la
galanterie, l'acceptation de la hiérarchie des états sociaux. Aussi
l'ironie devient-elle le langage crypté qui décrit les moeurs tels
qu'ils sont et réfère implicitement à ce qu'ils devraient être.