Philosophie, n° 109. Philosophie(s) française(s)

Philosophie, n° 109. Philosophie(s) française(s)

Philosophie, n° 109. Philosophie(s) française(s)
Éditeur: Minuit
201195 pagesISBN 9782707321602
Format: BrochéLangue : Français

Philosophie(s) française(s) : le pluriel est destiné à mettre en question

l'unité intrinsèque de la philosophie française - simple idéal-type permettant

de repérer dans l'histoire certaines convergences thématiques ou méthodologiques

? - et son autonomie - tant elle apparaît redevable aux grandes figures

de la philosophie allemande (Husserl, Heidegger, le Cercle de Vienne, etc.).

Les auteurs de ce numéro, «spécialistes» de philosophie française, ont réfléchi

sur leur praxis exégétique et le statut de l'identité implicite du thème «philosophie

française», qui est censé se situer en son foyer.

Dans «Pour une histoire souterraine de la pensée française», Frédéric

Fruteau de Laclos en propose une anamnèse : remémoration des conjonctures

qui, en privilégiant certaines thèses et courants, ont occulté des options originales

jugées marginales. Cette anamnèse lui paraît nécessaire à la remise en

chantier de philosophèmes passés, et notamment à la réactivation, par-delà le

structuralisme et l'individualisme méthodologique, des thèses de la psychologie

historique fondée par Ignace Meyerson - dont il suit les traces chez le

jeune Foucault, François Châtelet et Olivier Revault d'Allonnes.

Dans «Descartes et les trois voies de la philosophie française», Camille

Riquier s'intéresse à la reprise au XX<sup>e</sup> siècle de thèmes de la philosophie cartésienne,

pour montrer que des tendances fondamentales de la philosophie

française ont leur origine dans le déploiement unilatéral de l'une des voies du

cartésianisme : celles du cogito , du système et des modernes. Malgré l'inspiration

essentielle qu'elle reçoit de la philosophie allemande, la philosophie

française ne se comprendrait donc que par son réinvestissement du texte cartésien,

qui en constituerait le foyer implicite.

Dans «Portées du nom "Bergson". Portrait de groupe avec philosophe»,

Giuseppe Bianco envisage la philosophie française contemporaine sous l'angle

d'une socio-histoire des pratiques philosophiques , qui en montre le conditionnement

par des changements de nature extra-philosophique. Dévoilant les

contextes stratégiques où le bergsonisme a servi à faire, défaire et refaire la

ligne de partage de la pensée française, il remet en question celle qui fut instaurée

par Foucault, puis réajustée par Badiou, entre un mysticisme vitaliste

qui remonterait à Bergson, et un mathématisme trouvant sa source chez Brunschvicg.

Dans «L'invention de l'homme moderne. Une lecture de Michel Foucault»,

Guillaume Le Blanc interroge la généalogie de la question de l'homme

chez ce dernier, montrant que loin de se laisser reconduire à la seule figure

kantienne, elle s'inscrit dans le registre éthique et politique de l' invention ; et

que la référence à la vie inventive forme le canevas théorique majeur d'un

foyer de la philosophie française où s'intègrent des auteurs aussi distincts que

Canguilhem, Foucault, Deleuze et Derrida, mais aussi Sartre, Merleau-Ponty

et de Certeau.

Enfin, dans «La vie dans la philosophie du XX<sup>e</sup> siècle en France», Frédéric

Worms, loin de postuler une continuité thématique ou méthodologique

centrée sur la vie, montre comment celle-ci fut pensée différemment selon les

moments qu'elle a traversés, impliquant des ruptures dans la manière dont la

question fut à chaque fois thématisée. À travers les problèmes qui se posaient

- ceux de l'esprit, de l'existence, du langage et du pouvoir -, ce serait la vie

elle-même qui, à chaque fois, dévoilerait l'une de ses dimensions. Aussi est-ce

le moment présent qui, de plus en plus, serait amené à penser la vie dans

sa tension irréductible et ultime.

D. P.

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