Les phénomènes particuliers au Rorschach : une relecture pointilliste. Vol. 1. Animal, symétrie, critique, hypothétique, contamination, logique

Le présent ouvrage se propose d'analyser différents phénomènes particuliers observables dans le discours produit face aux techniques projectives, le Rorschach en particulier mais aussi le TAT, tests qui dans notre pratique se trouvent toujours associés.
L'appellation « phénomènes particuliers » est un hommage à Ewald Bohm (1955), rorschachien classique. C'est un chapitre qui, dans son traité, porte ce titre et débute ainsi : « Nous tenons maintenant les données purement formelles du "matériel" et pourrions aborder l'interprétation proprement dite ; nous n'irions toutefois pas bien loin, notamment avec des protocoles pathologiques. En effet, le test de Rorschach comporte encore un grand nombre de facteurs qui échappent à toute mesure numérique (on pourrait les appeler les impondérables), et qui néanmoins sont de première importance pour une interprétation correcte. Nous les décrirons dans ce chapitre en les réunissant sous la désignation commune de "phénomènes particuliers". Nous commencerons par en dresser une liste générale. » Bohm en dénombre 75.
Notre analyse s'inscrit dans une perspective autre que celle de nos « anciens ». Elle est de nature psychodynamique et non plus caractérologique. Dans cette optique nous avons regroupé plusieurs de ces « phénomènes » et en avons négligé d'autres parce que non pertinents par rapport aux conceptions actuelles. Certains phénomènes sont repris sous leur appellation d'origine et nous en avons circonscrit d'autres, sous l'angle de la théorie piagétienne. La liste présentée est à entrevoir comme un choix de spécimens. Elle représente une sélection d'échantillons du discours, d'énoncés, qui ont fait « bruit », au sens du punctum barthésien.
En comparaison avec la tendance générale, l'approche du Groupe de Lausanne s'avère pointilliste. Nous choisissons, en effet, des « phénomènes particuliers » qui émergent au Rorschach pour les mettre sous le microscope et les analyser, les décortiquer, les comparer à des variantes à la fois similaires et différentes, à la façon d'un entomologiste peut-être. L'objet de cette étude est le discours, avec sa multitude d'énoncés et de verbalisations possibles. Il ne s'agit pas de faire l'inventaire des catégories de mots (substantifs, adjectifs, prépositions, etc.) mais de procéder à une analyse dynamique du langage, essentielle à l'évaluation du fonctionnement de la pensée. Celle-ci est altérée de manière spécifique dans un contexte psychotique par exemple (altérations sémantiques et syntaxiques, inadéquation du vocabulaire, troubles du maniement des catégories du réel : temps, espace, causalité) ou traitée de façon particulière dans un registre caractériel par exemple (vocabulaire spécifique, primat de l'agir sur la mentalisation, etc.) C'est en effet un travail de fourmi que de partir d'observations « minuscules » pour participer ensuite à une construction plus grande, celle de l'évaluation du fonctionnement psychique et du diagnostic.