Jean-Jacques Rousseau, la conversion d'un musicien philosophe

En reconnaissant qu'il n'a «fait que de la musique française et
n'aime que l'italienne» ( Dictionnaire de musique , art.
«Copiste»), Rousseau avoue tardivement l'embarras dans lequel
l'a mis sa conversion à la musique italienne survenue, selon les
Confessions , en 1744 à Venise. La profonde contradiction du
musicien et du théoricien de la musique, qui l'empêchera jusqu'à
la fin de sa vie d'en finir avec la question musicale, culmine
durant la Querelle des Bouffons quand le même Rousseau
triomphe sur la scène parisienne avec son Devin du village et
rejette radicalement le modèle musical français au profit de l'italien
dans sa Lettre sur la musique française. C'est pourtant à
partir de cette conversion suspecte à la musique italienne qu'il
élabore progressivement une puissante théorie musicale qui, doublée
d'une philosophie de l'origine des langues et de la musique,
parviendra à ruiner les fondements de l'esthétique classique française.
En s'appuyant à la fois sur une analyse comparative des écrits
de théorie musicale et des compositions et sur une analyse littéraire
des différents récits de conversion qui jalonnent l'oeuvre de
J.-J. Rousseau - dont la fameuse «Illumination de Vincennes» -,
l'ouvrage révèle l'exceptionnelle fécondité théorique de cette
conversion musicale problématique sur l'oeuvre philosophique et
littéraire. Pensée à la fois comme clef de lecture et comme dispositif
d'écriture, la notion de conversion éclaire, renouvelle et
enrichit considérablement l'interprétation de l'oeuvre d'un musicien
devenu philosophe (presque) malgré lui.