"Tu es de mon sang" : les alliances dans le Proche-Orient ancien

Il y a 130 ans, des paysans égyptiens découvraient par hasard des lettres adressées au pharaon Akhenaton à la fin du XIV<sup>e</sup> siècle av. J.-C. Ces tablettes en écriture cunéiforme, envoyées par les rois des régions alentours, ont ouvert une perspective passionnante sur les origines de la diplomatie dans le Proche-Orient ancien. Dans la lignée de cette trouvaille déterminante, de nombreuses fouilles menées depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle en Syrie, Turquie ou Irak, ont dévoilé l'incroyable diversité des alliances conclues entre le III<sup>e</sup> et le I<sup>er</sup> millénaire.
L'ouvrage de Dominique Charpin, issu de son enseignement au Collège de France, dresse une synthèse sans précédent sur la question des échanges diplomatiques au Proche-Orient ancien. D'abord serments prêtés entre les rois, où le geste se joint à la parole sous l'égide des dieux, les alliances deviennent de véritables traités qui courent jusqu'aux générations suivantes et s'étendent à toute la population. L'expansion et la pérennisation des alliances traduisent le passage d'un engagement personnel à un écrit qui lie toute une collectivité. Exemple fascinant de la façon dont droit et religion s'entremêlent dans le Proche-Orient ancien, les alliances sont essentielles pour comprendre la naissance de l'État ou encore la façon dont les auteurs de la Bible concevaient celle entre Dieu et son peuple.