Ecrire la clôture conventuelle : réalités féminines, rêveries masculines dans La vie de Marianne de Marivaux

La clôture conventuelle, inscrite à l'horizon des destinées de femmes dans les romans du XVIII<sup>e</sup>, ne constitue pas, dans La Vie de Marianne , le thème exclusif du roman. L'héroïne ne se fait même pas religieuse, ce qui fait de cette étude un quasi-paradoxe.
En revanche, significativement, la clôture conventuelle est un thème récurrent de La Vie de Marianne ; s'incarnant dans des expériences de clôture (ou de quasi-clôture) très diversifiées, épisodes auxquels l'auteur consacre un volume de texte important.
Derrière les raffinements de l'expression et les situations « civilisées » qu'elle met en scène, l'évocation de la clôture conventuelle, dans La Vie de Marianne , ne serait-elle pas le prolongement - poli et policé - de ce substrat fantasmatique sensible, déjà, dans Les Effets surprenants de la sympathie , où Marivaux brodait à l'infini des couples de mâle persécuteur et de femme séquestrée ?
À partir de cette hypothèse, il s'agissait de se laisser dériver, au gré d'une démarche heuristique - bien plus que didactique... En arrière-plan, les effets de filigrane nous ont autorisé les voluptés d'une lecture intuitive, soumise à la grâce aléatoire d'une sympathie sentimentale, quasi charnelle, quasi primitive, mais ouvrant sur les abîmes de l'inconscient.