Dracula : l'oeuvre de Bram Stoker et le film de Francis F. Coppola

La figure de Dracula est l'un des derniers grands mythes de notre
imaginaire, si familière et si intemporelle qu'on en oublierait presque
qu'elle est jeune d'un siècle. Il faut donc revenir au roman de Bram
Stoker, à ses obsessions et à ses hantises victoriennes (le sang, le sexe,
l'étranger) comme à son fonctionnement de machine littéraire. OEuvre
profondément ambivalente, mais dont les contradictions mêmes font
l'inépuisable richesse. Le film de Coppola, ultime héritier d'une glorieuse
lignée, est pareillement problématique : cette adaptation revendiquée,
mais infidèle à la lettre comme à l'esprit pour mieux exalter et le héros et
le désir, constitue non seulement une interprétation et une appropriation
du roman par un artiste, mais se veut une somme récapitulant, par-delà
la figure du vampire, l'histoire du cinéma. Un aboutissement et un retour
aux sources.
Deux objets riches de paradoxes, donc, et en cela conformes à la double
nature de Dracula, le non-mort, oxymore ambulant. Deux oeuvres
vampiriques, nourries de nos désirs comme de leur héritage, et qui, sans
cesse renaissantes, n'ont pas fini de nous hanter.