La gouvernance multi-level

Notre Europe semble être condamnée à se trouver constamment dépassée par
l'existence et la rapidité même de son propre mouvement : l'Europe comme «formule
historique» est, dès lors, inlassablement - et nécessairement - débordée par sa réalité
pratique. Il convient, en quelque sorte, de penser l'intégration européenne comme
constitutive d'une frontière qui, privée d'essence, doit être régulièrement déplacée,
retravaillée et finalement toujours repensée.
L'Europe, malgré ce statut ontologique étrange, interfère, néanmoins, à tous les
niveaux dans notre existence et transforme - souvent en profondeur - aussi bien nos
ordres juridiques que notre vie quotidienne. Les effets de l'intégration européenne
sont, dès lors, nombreux et puissants et bouleversent la structure classique de
nos instances étatiques. La norme fondamentale sur laquelle repose nos régimes
politiques, la Constitution, est, elle-même, profondément concernée par cette
construction internationale. De forts et itératifs courants de constitutionnalisation se
développent à la fois selon des inclinaisons ascendante et descendante impliquant non
seulement l'intégration des conséquences des traités constitutifs au coeur des chartes
fondamentales des États membres ; mais, également, une irrigation du droit de l'Union
par les principes fondamentaux présents dans ces mêmes textes fondamentaux des
États membres. Enfin, ces mouvements sont, eux-mêmes, consolidés par la mise en
oeuvre de ce que la doctrine présente comme une «constitutionnalisation transversale»
qui se forme à partir de l'établissement d'un véritable dialogue juridictionnel entre les
divers organes juridictionnels nationaux et européens.
Ces travaux publiés dans le cadre de la collection De Lege Feranda sur le thème de la
gouvernance multi-niveau tentent ainsi d'offrir aux lecteurs une sorte de «boîte à outils
conceptuels» au bénéfice de l'ensemble des acteurs privilégiés et des développements
des politiques publiques nationales ou européennes.
Pascal Richard