Ethnologie française, n° 4 (2006). Sports à risques ? Corps du risque

Le sport de haut niveau apparaît aujourd'hui tel un laboratoire du dépassement
de soi où les rapports physiques au monde relèvent de deux logiques différentes :
l'une d'évitement et de jeu avec la nature («fun», «glisse»), et l'autre d'affrontement
et de défi aux autres et à soi (compétition, exploits dans des lieux extrêmes).
Ce numéro cherche à explorer la prise de risque, non comme une manifestation
pathologique ou transgressive, mais comme une pratique poussant jusqu'aux limites
un affrontement et un corps à corps à soi-même, aux autres et à la nature. Car la prise
de risque et le risque ne renvoient pas à une pure réalité objective, ils conduisent
plutôt à une forme d'engagement et à une manière d'être au monde.
Pourquoi risquer sa vie dans l'exercice d'un loisir ? Comment un sportif peut-il
affirmer sa libre exposition au danger ? Quelle place le droit fait-il à la liberté de
s'engager à ses risques et périls ? Peut-on dire que le risque «a un sexe» ?
Articles de spécialistes et témoignages de sportifs proposent de cerner ces questions
en approchant au plus près, chacun à leur façon, l'expérience du danger. De
l'alpinisme himalayen au kayak de haute rivière, de la plongée sous-marine au parachutisme,
du saut dans le vide - Base-Jump - à la boxe thaïlandaise, sans oublier
les prouesses des artistes du cirque, le lecteur est conduit dans des univers très masculins
où le risque et la prise de risque ne sont pas identifiés à une menace, mais au
contraire à un élément valorisant.
Les témoignages des «pros» - à travers leur activité extrême - dévoilent leur
calcul des risques, leur souci de la sécurité tout autant que l'incertitude à laquelle ils
sont confrontés. Ce sont donc l'observation, la compréhension et l'analyse de cet
engagement idéologique et pratique qui sont examinées ici, à travers une certaine
culture sportive du risque où les sensations fortes permettent d'accéder au plaisir
de vivre, à la saveur et à l'intensité du monde.