Petites suites pour voix seule : trois kaddishs à la mémoire des déportés juifs et résistants

«Il y a des trains... des trains inconnus, silencieux, toujours qui passent
dans la nuit d'Europe, des trains qui passent... tandis que leur
vapeur passe devant la Lune. La plupart l'ignorent. Et, ceux qui la
voient ou qui la regardent la prennent pour de simples nuages : de l'eau qui
passe au ciel, simplement un peu plus légère, qui va, elle aussi, retomber sur
terre, s'y enfouir sous la poussière, bientôt, demain, on ne sait quand.
Ce ne sont pas des nuages, mais la vapeur amassée de milliers de trains disparus,
qui n'existent plus, qui passe au ciel, laquelle - opaque - chaque
nuit se reforme au ciel pour passer devant cette lune étrangère, qui, cependant,
semble la voir, étrangement, paraît en garder la mémoire tandis que des
trains dans la nuit cahotent... cahotent au bruit des ballasts, silencieusement
dans la nuit, sans nulle cesse... tandis que les vivants dorment, pour
la plupart...
Extrait de Trains de la «Nuit» et du «Brouillard»