Faut-il abolir Ouest-Lumière ? : trois entretiens avec Yann Toma, artiste, président et citoyen

Avec son réseau tentaculaire d'abonnés, son ubuesque président
à vie, manipulant avec de grosses ficelles des légions d'agents
subalternes et de détracteurs cooptés, Yann Toma a su faire
de Ouest-Lumière une fiction heuristique. Heuristique, car, à
cette fiction d'entreprise réticulaire, indéfinissable, néolibérale,
correspond une réalité économique : la colonisation du monde
vécu par le capital, rendue possible par le biais de la généralisation
du travail immatériel, dont l'artiste incarne l'idéal type. Entreprise
immatérielle, Ouest-Lumière est emblématique de ces métamorphoses
de la composition anthropologique du travail dans nos sociétés où,
à l'économie fordiste fondée sur la production d'objets, se substitue
une rationalité post-fordiste dont le fondement devient la production
de sujets consommateurs d'objets. Les «dispositifs de subjectivation»
dont parle Deleuze, que le monde de l'art contemporain, dans un
mélange de candeur et de cynisme propre à lui, s'emploie, à son insu
peut-être, rarement à son corps défendant, à mettre à la disposition
des industries de l'immatériel, se voient, à Ouest-Lumière, mis
en évidence pour ce qu'ils sont : des dispositifs de production de
nouveaux secteurs d'accumulation capitaliste. Telle est la dimension
politique de l'entreprise fictionnelle de Yann Toma : c'est aussi son
abyssale ambivalence. D'où la question : faut-il abolir Ouest-Lumière ?
Stephen Wright