Blanche, une ombre en forêt

Blanche, une Ombre en Forêt
De son pas léger la voilà qui filait vers l'inconnu. Furtive, nul ne l'aperçut. Les parents avaient rameuté la marmaille ; claquemurés dans les maisons, serrés autour de la table familiale, il n'était plus temps pour les enfants de courir la campagne. À quoi leur servirait-il de traînasser encore au-dehors ? N'y risqueraient-ils pas une mauvaise rencontre ? Tandis que l'humidité descendait sur la terre, étouffait les bruits, les appels, laisserait au petit matin une rosée étincelante, Blanche s'avançait, insouciante, à la rencontre de son destin.
Blanche, libre comme l'air, toujours pieds nus, toujours court vêtue, suscitait les murmures désapprobateurs des commères et les regards lubriques des hommes. Son corps profané, mutilé par la main experte d'un prédateur lui ayant prélevé le coeur, fut porté en terre au village. Depuis, l'assassin court toujours. Nous sommes en 1938 : d'autres bourreaux attendent leur heure.