Science et Christ

Quoi qu'en disent les pragmatiques à outrance, les utilitaires, ce que l'Homme cherche
tout le long de sa vie, ce qu'il poursuit plus que le pain et tout le bien-être matériel, c'est le
savoir. L'essence même de notre vie est de tendre non pas à être mieux, mais à être plus.
Or, un instinct plus fort que toutes les remontrances des sceptiques et des faux sages nous
en avertit : pour être plus, il faut d'abord que nous sachions plus.
Enracinés dans notre esprit, nous portons tous la conviction que, quelque part autour de
nous, est caché un Feu mystérieux, qu'il s'agit de dérober pour être heureux. Flamme pour
éclairer notre vue sur le sens profond du monde, instrument pour dominer et refondre les
choses. L'humanité a toujours vécu, elle vit encore, de cet espoir tenace, que nous pouvons,
à force de scruter la nature, découvrir le secret du Réel, mettre la main sur les ressorts de
la croissance des Êtres : trouver le Secret, trouver la Source. Et la recherche du savant, si
positiviste qu'il se prétende, se nuance, se frange, ou plutôt est animée invinciblement, au
fond, par un espoir mystique.
Ainsi donc, la tendance essentielle de notre esprit est de chercher à pénétrer le coeur du
monde. (...) Mais qu'est-ce au juste que «pénétrer dans la profondeur» des choses ?