Libère la Karénine qui est en toi

Quand l'héroïne («la femme») part
pour Asmara (Érythrée), elle sait seulement
qu'elle va voir un vieil ami
(«l'homme qui attendait quelque
chose»), professeur au lycée italien :
peut-être veut-elle fuir l'horreur des
fêtes de Noël ou clarifier cette relation
difficile, trop semblable à de l'amour
pour en être vraiment. Et ce sera justement
lui, l'ami, qui lui fera rencontrer
un soldat du contingent de paix. Les
trois personnages entrent dans un
dédale tragicomique de malentendus
et de maladresses, entre vaudeville et
drame amoureux, qui à son comble va
conduire «la femme», comme l'héroïne
de Tolstoï, à vouloir se donner la
mort.
Rosa Matteucci a le talent rare de pouvoir
juxtaposer pathos et grotesque
sans en diminuer les effets, en les
exaltant même. Et sous le jeu parodique,
il reste la fable grave de l'incommunicabilité
des êtres et de la
souffrance amoureuse.