Les témoins

Italie
Une histoire d'érotisme, pour ainsi dire conventuelle, qui s'accompagne de celle d'une hérésie indéfinie, peut-être indéfinissable (même si le lecteur peut la soupçonner d'origine « quiétiste »), passe dans ces pages de Cesare Greppi avec la vigueur d'une « chronique italienne » stendhalienne : mais c'est une chronique sans chronique, une histoire sans histoire, un récit sans récit. Tout s'y passe par translucidité, par évocation et transparence. Il y a les témoins, il y a les témoignages : mais l'objet du procès, la nature et la consistance des accusations, les passions et les convictions des accusés, s'entrevoient par intelligence , par l' intelligence qui s'établit aussitôt, au premier chapitre, entre l'écrivain et le lecteur. Et nous disons intelligence dans le sens où l'on dit « intelligence avec l'ennemi » (mais dans ce cas avec l'ami), outre qu'au sens large. Et il s'agit bien d'une manière d'écrire, d'une manière de raconter : mais il faut aussi tenir compte qu'en écrivant ainsi, Cesare Greppi (à son premier roman après les poèmes de Stratagèmes ) atteint à l'essence du procès, de la praxis, de la procédure inquisitoriale. De l'Inquisition catholique et espagnole ; mais aussi de l'éternelle, omniprésente inquisition.