Le messager

«Mais une nuit il se releva d'un bond, épousseta son costume de
ses mains osseuses, regarda autour de lui en écarquillant les
yeux comme s'il découvrait le paysage et sans effort mais avec
une sorte de voluptueuse déférence il fit deux piles de livres
qu'il égalisa soigneusement du plat de la main, puis ses piles
sous les bras il s'en fut comme si de rien n'était dans la nuit
opaque et silencieuse, fantomatique promeneur solitaire au
regard nébuleux qui reprend son chemin après s'être arrêté
pour faire un somme et qui s'acquitte de sa tâche mystérieuse
avec un dévouement aveugle, suivant tranquillement la route
dans le noir comme s'il lui était tout naturel de cheminer à
une heure pareille les bras chargés de livres dans un grand
nulle part hurlant de vide et de silence.»
Entre conte initiatique et roman noir, une aussi troublante
que profonde méditation sur la place du livre dans le monde
contemporain.