Lentalenque, la continuelle

Vous né savez pas où se trouve Lentalenque...
Pourtant, vous connaissez forcément cet endroit : c'est une
continuelle qui contemple ce que nous avons abandonné et
délaissé. Là, règne la nudité des gestes ordinaires, la volonté
du présent de ceux qui alimentent de terre noire le four à
pain, la nécessité de l'immédiat : gaule de noisetier, vaisselle
posée sur la dalle de pierre, course de la jument, plumes de
bergeronnettes. Lentalenque est - peut-être - une ferme en
Tarn-et-Garonne. Mais plus sûrement c'est une autre ferme,
la nôtre, le lieu central et nécessaire d'où tous nous venons
et où tous nous retournerons. Dans cet ici connu de chacun
d'entre nous s'incarne une figure du monde où le réel s'entaille
d'éternité. Car il s'agit bien de mémoire, d'une mémoire
proche qui reste à partager : gardiens de l'haleine des sangliers
et des boues de leurs passages, les aïeux de l'auteur,
comme nombre des nôtres, dussions-nous remonter fort loin,
veillaient sur la musique des causses. Leurs sabots les renseignaient
sur le festin de ces granges où se cueille le chant des
figuiers. Ces guerriers de la terre et du vent prêtaient leur
échelle au cerisier. Ils sanctifiaient l'autre art de la mémoire,
qui murmure le grand poème de la fin du monde mythique.