La République fédérale d'Allemagne et la guerre d'Algérie, 1954-1962 : perception, implication et retombées diplomatiques

Entre 1954 et 1963 la République fédérale d'Allemagne a connu
une période de mutations importantes sur fond de tensions
internationales. La guerre d'Algérie y fut perçue comme une
menace pour ses relations avec la France : alors que Paris
exerçait de fortes pressions afin d'obtenir une solidarité sans
faille, Bonn se trouva progressivement exposée à celles des États
arabes, éléments de sa politique et de son commerce extérieurs.
La marge de manoeuvre de Konrad Adenauer était d'autant plus
étroite que la RFA ne pouvait apparaître comme un suppôt du
colonialisme quand la RDA apportait aux Algériens un soutien
spectaculaire apprécié du tiers-monde.
L'arrivée d'Algériens sur son territoire multiplia les problèmes :
des Allemands s'engagèrent en faveur de l'indépendance, des
incidents se produisirent, le territoire devint une plaque tournante
du trafic d'armes à destination de l'ALN, le nombre important
d'Allemands dans la Légion étrangère créait une insatisfaction
chronique...
Largement répercutés par les médias, divers incidents, dont les
agissements de Main Rouge, les arraisonnements répétés de
navires allemands par la Royale, perçus comme un terrorisme
d'État et une atteinte à la souveraineté, finirent par discréditer
la cause française dans l'opinion, situation que n'améliora pas
l'arrivée de membres de l'OAS.
Adenauer se trouva contraint de louvoyer. En dépit de la crise de
Berlin, Bonn évolua d'une priorité française évidente vers une
position plus équilibrée - ce qui ne fut possible qu'à travers une
répartition des tâches entre gouvernement et parlementaires,
y compris de l'opposition.