Vie et intentionnalité : recherches phénoménologiques

L'objet de ce livre est de montrer que l'intentionnalité, condition de
l'apparition de l'étant, ne peut être caractérisée de manière conforme
à son essence que si elle est comprise comme vie. En effet, une
philosophie rigoureuse de l'intentionnalité est soumise à une double
contrainte. D'un côté, comme l'a souligné Merleau-Ponty, le sujet de la
perception ne peut être défini comme une sphère d'être absolue surplombant
le monde : il est du monde et cette intramondanéité doit être comprise
comme incarnation. Cependant, en mettant en avant un concept univoque de
la chair, par delà la différence des étants du monde et du corps propre,
Merleau-Ponty s'interdit d'accéder au sens d'être véritable de celui-ci. Or,
comme l'a montré Heidegger pour sa part, le monde ne saurait être éclairé
dans sa constitution par un retour à un étant du même mode d'être : le Dasein
humain diffère de tous les autres étants en ce qu'il existe et c'est donc bien
au plan existential que l'intentionnalité doit être ressaisie. Toutefois, il n'est
pas sûr que la manière dont Heidegger thématise l'existence permette
d'y intégrer le phénomène de la chair, et donc de la vie, qui sous-tend
l'inscription du Dasein dans le monde. Ainsi, alors que Merleau-Ponty pense
l'intramondanéité du sujet sur un mode tel qu'une ouverture intentionnelle
peut difficilement y être fondée, Heidegger caractérise l'existence de telle
sorte que son intramondanéité ne peut en être déduite.
C'est à Jan Patocka qu'il revient d'avoir su concilier la différence radicale du
sujet intentionnel et son intramondanéité en proposant une caractérisation
existentiale du corps comme mouvement vivant. Les études réunies ici visent
toutes à explorer la voie, ouverte par Patocka, d'une phénoménologie de la
vie , d'abord à travers une série de confrontations avec d'autres pensées de la
vie (Bergson, E. Straus, Sartre, H. Jonas) puis directement, en tentant d'explorer
les traits de la vie intentionnelle.