Héritages indo-européens dans la Rome républicaine

L'importance de l'héritage culturel indo-européen dans la société
romaine antique n'est plus à démontrer. Georges Dumézil et ses continuateurs,
armés du comparatisme structural indo-européen, ont mis à
jour de nombreux cas d'exploitation de l'idéologie indo-européenne des
trois fonctions, intervenus dans l'organisation du système religieux le plus
ancien, dans la composition de récits historiographiques, ainsi que dans
l'aménagement d'institutions juridico-sociales ou militaires majeures.
L'auteur, poursuivant dans cette ligne de recherche, entend mettre
en lumière deux nouveaux faits institutionnels romains de la période
républicaine proposant des applications de l'idéologie trifonctionnelle
des Indo-Européens. Le premier regarde une pratique diplomatique de
donation réalisée en faveur de rois barbares, le second concerne
l'organisation de l'administration républicaine. Ces deux usages gouvernementaux
d'importance ont en commun d'avoir été élaborés à partir
de la triade des insignes de la souveraineté républicaine. Ces insignes
républicains prolongeaient, de l'aveu des Romains, les ornamenta des
anciens rois de l' Vrbs , et distribuaient le pouvoir sur la société autour
de trois pôles de compétences relevant chacun d'un des niveaux du
système théorique trifonctionnel au moyen duquel les Indo-Européens
appréhendaient l'Univers : la gestion des affaires religieuses (première
fonction sacrée), la gestion des affaires militaires (seconde fonction
guerrière), et la gestion des affaires politiques (troisième fonction
d'abondance, présidée à Rome notamment par le dieu Quirinus, patron
et protecteur du collectif des 'citoyens' Quirites ).
Un des résultats majeurs de cette étude est la démonstration que,
tout au long des presque cinq cent années d'existence du régime républicain,
les Romains ont continué de codifier l'autorité politique suprême
suivant le même cadre de pensée indo-européen qui structurait déjà
antérieurement leur conception de la royauté.