Psyché, visage et masques

Les anthropologues sont-ils seuls à mettre en cause l'opposition
classique du masque, comme fausse identité, et du
visage nu, comme reflet d'une intériorité qui s'offre au regard
d'autrui ? Le dispositif de la cure psychanalytique, sa manière
d'absenter les visages en face-à-face et, du coup, de brouiller
les identités, ne la questionne-t-il pas aussi ?
Pour les anthropologues, la fonction du masque, qui rend
matériellement présente une entité normalement invisible,
interroge le système des identifications et des différenciations.
Dans la psychanalyse, cette capacité de médiation revient à
Eros qui, à la différence de Narcisse, ne se fige pas dans sa
propre contemplation mais invente les masques afin d'animer
le théâtre intérieur et d'accepter la rencontre avec l'autre.
Masque-déformation ? Masque-transformation ? Quel pouvoir
conférer à ce qui peut faire passer du visage à l'identité ?