Interstices

«Villes et ouverture», «Champs, espace», «Pièces,
resserrement» et «Corps, expulsion» composent ce
recueil, unies par la nécessité de «creuser des interstices»
entre les moments et les lieux divers d'une existence, et
de «recoller les morceaux de son être». Car l'être est
toujours ailleurs, dans le ciel et l'infini sur les trottoirs des
villes, dans la voiture comme un havre, en pleine
campagne, dans le monde qui s'offre à travers les
fenêtres de celui qui se replie sur les livres. La tension est
vive entre les limites de notre corps et «le reste du
monde», éclaté lui aussi. Une alternance de blocs de
prose et de sortes de colonnes trouées dit cette tension,
qu'exprime le dernier texte, en forme de calligramme, où
le resserrement souhaité contre l'éclatement se voit à
travers la disposition des mots.
L'écriture, le plus souvent simple, pour dire les gestes
quotidiens, la vaisselle qui coule, le doigt dans la voiture
qui tourne le bouton de la radio, contraste avec quelques
éclats lyriques et quelques phrases déracinées en
allemand. Elle suit les étapes d'une errance sur le «grand
terrain plat et rugueux» de la vie, d'une quête pour
retrouver, contre la mort, sa «pulsation». Cette poésie,
à la fois abstraite dans la réflexion qui l'anime et incarnée
dans les lieux et les objets, est une poésie de la difficile
présence au monde des êtres, qui nous touche par ce
constat essentiel et tragique.