Action poétique, n° 194. Six poètes new-Yorkais. Poèmes du Tibet

«Dans les îles Salomon, qui avait mangé du
poisson, du crustacé ou du coquillage ne
devait pas manger autre chose sans avoir
subi, entre temps, une purge. Il ne fallait pas
mélanger les nourritures». Certes, certes,
mais, mais la baie de New York et l'embouchure
de l'Hudson sont très, très
éloignées des archipels de la Mélanésie et, à
Guadalcanal même, les temps ont changé !
Alors, à Long Island, riche capitale ostréicole,
ne pas hésiter : soupe d'huîtres pour commencer,
puis médaillons de veau taillés dans
le filet, ou côte de veau au beurre avec légume
assorti puis, fruit de saison, ou sorbet, avec
un vin proche d'un Val de Loire blanc, sec et
brillant, ou d'un Alsace nerveux.
L'huître, donc, n.f., oistre, uistre au XIII<sup>e</sup>
siècle, du latin ostrea, racine grecque ostreon,
l'os, la chose dure. Mollusque lamellibranche
à deux valves feuilletées. Coquillage, fruit de
mer, aujourd'hui produit d'un élevage,
l'ostréiculture (en France, depuis le milieu du
XIX<sup>e</sup> siècle). L'huître sauvage existe, et celle
dite de pleine mer - qui peut devenir énorme
sur le pacifique canadien. Connue des
Assyriens, inconnue de la Bible, connue des
Chinois, des Egyptiens, des Grecs, qui déjà
l'élèvent (ils l'utilisent aussi comme bulletin
de vote en traçant au stylet un signe convenu
sur la nacre interne), appréciée des Romains,
qui créent, dit-on, le premier parc, en 108
avant notre ère (ils la consomment crue ou
blanchie, avec leur saumure favorite, le
garum). On trouve le civé d'oittres, dans un
Menagier de 1393, et, plus tard le pastez
d'huistres, les huistres en potage, ragout,
beignet, les huistres rosties et celles au demy
court bouillon, puis, au XVII° s., le chapon aux
huistres. Elle se consomme aujourd'hui,
surtout crue, vive, au naturel (quelques
fagotins mal élevés, pourtant, la citronnent
ou la vinaigrent !) ; on peut également la
goûter cuisinée en apprêts froids ou chauds :
gratinée, pochée, à la Villeroy, à la diable, en
coquille, sur croûton, en brochette (avec
d'autres coquillages), à la Colbert, au caviar,
au four, à la poulette, en croustade, en croquette,
à la Mornay (béchamel), frite panée
(Alice Toklas, la compagne de Gertrude Stein,
ne la pane pas), à la Boston, à la Polonaise, à
la Nantua (avec queue d'écrevisse), rissolée,
avec de fines saucisses grillées (autour du
bassin d'Arcachon), en soufflé, à la Normande
(salpicon de champignons, crevettes, lamelles
de truffes), à la Florentine (sur lit d'épinard),
en daube (fines herbes, vin blanc), minute
(champagne)...
Sans oublier le sabayon d'huîtres italien
(courgette, jaune d'oeuf, échalote, vin blanc),
le cebiche d'huîtres du Chili, le cebiche et la
tortilla d'huîtres du Pérou, l'huître pochée de
Zélande (et l'huître nature morte, prédilection
des peintres néerlandais et flamands...),
ni l'huître Bienville (roux blanc, fumet de
poisson, champignon, crevette), ni l'huître
Rockefeller (épinard, coeur de laitue), toutes
deux de Louisiane, ni, du Québec, la soupe
aux huîtres (farine et jaune d'oeuf)...
Par ce cheminement, de la Louisiane au
Québec, les soupes d'huîtres ont parcouru les
zones littorales du continent nord américain
pour revenir jusqu'à nous avec cette soupe de
Long Island, et ses fameuses Blue Point
océaniques...