Maurice Merleau-Ponty

«Travaillée par l'urgence et la colère, comme
talonnée par le souvenir de deux guerres
qui avaient ruiné l'Europe et atteint ses
capacités de penser, l'oeuvre de Merleau-Ponty
a su délivrer l'activité philosophique
de ses complaisances pédagogiques
et de ses dévotions [...].
Chacun de ses livres est sourdement
travaillé par le ferment d'idées, de savoirs
et d'évidences qui n'y ont pas encore
leur place. Si chacun sature sur l'instant
la capacité d'intelligence du lecteur,
il témoigne déjà pour autre chose.
Les phrases sont calées sur des alternatives
suspendues ; les notes et remarques incises
déportent comme des embardées.
De là vient que la lecture n'en est jamais
facile. Et cependant, un mouvement
souverain emporte l'oeuvre, insoucieux
d'une conclusion qui ne pouvait pas être
autre chose que ce mouvement même.
Mené comme un défi, le propos appelait
une invention conceptuelle pour remplacer
les premiers repères donnés par
la perception ou l'histoire. En dépend
la transformation conséquente des figures
normées de l'activité philosophique.
Ces textes ont autant d'insolence que
d'élégance et de savoir. Ils ont une manière
propre de mener le lecteur là où il refuse
d'aller, d'abandonner les bonnes manières
de l'intelligence philosophique pour accéder,
si cela est jamais possible, à un réel toujours
sournoisement esquivé.»