Etudes platoniciennes. Vol. 2. Platon et la question de l'âme

Il n'y a pas, dans les Dialogues, de
question plus complexe que
la question de l'âme car toute
autre question l'engage ; en faire
abstraction, c'est pour Platon
rendre tout problème insoluble. Elle est le lien interne qui empêche la
psychologie, l'éthique, la politique ou la cosmologie platoniciennes de se
constituer en domaines autonomes : toutes choses se trouvent nouées,
tout converge vers l'âme et tout s'inscrit en elle. La vie, la pensée, le Monde
lui-même tirent d'une âme leurs mouvements, mais l'âme humaine possède
en propre la puissance de s'orienter vers certains objets ou de s'en détourner,
de se clouer à ce qui est corporel ou de s'en séparer, et en cela consistent ses
multiples actions et passions. Elle possède surtout un pouvoir d'autoquestionnement
- de connaissance de soi - et le méconnaître est se
condamner à mener une vie insensée : «l'âme est notre bien le plus divin et le
plus propre», mais «aucun d'entre nous n'honore comme il le faut son âme».
L'honorer, c'est se demander dans quel monde et dans quelle sorte de
temporalité on souhaite vivre, décider de croire à sa part divine,
l'intelligence, et de ne pas être un bipède sans plumes, opter entre différentes
représentations du bonheur et parier sur l'immortalité de son âme. Ce n'est
pas la liberté du choix qui est pour Platon un problème mais son
intelligibilité, et seuls les mythes peuvent donner à voir le plus
incompréhensible : le choix que font les hommes de ne pas comprendre ce
qu'ils choisissent, ni pourquoi ils le choisissent.