Le compagnon du tour de France, de George Sand

Écrit par George Sand en 1840, Le Compagnon du Tour de France
est né de sa lecture du Livre du Compagnonnage (1839) par lequel
l'ouvrier Agricol Perdiguier (1805-1875) rendait publics les légendes et
les usages de ces organisations ouvrières puissantes et nombreuses.
Ce roman marque le début d'un engagement décisif de l'auteur en
faveur de la cause du peuple. Il narre la rencontre, en 1823, le temps
d'un chantier de restauration de la chapelle d'un château de Touraine,
entre les châtelain(e)s et deux artisans doués, incarnant la figure
mythique du peuple artiste et celle de l'artisan philosophe, inspirées
à la fois de Perdiguier, de Leroux, de Rousseau. De même que la rencontre
de Perdiguier et de Sand s'épanouit en une amitié de plus de
trente ans, le roman, lesté d'une culture ouvrière très ancienne et très
riche, connut un long retentissement au sein du Compagnonnage.
Les 14 études ici réunies, issues d'une rencontre entre compagnons
et universitaires, tant historiens que littéraires, rendent compte de la
double inscription historique du livre et le situent dans une intertextualité
multiple (Rousseau, Goethe, Pierre Leroux, Walter Scott,
le roman sentimental). Elles confrontent les savoirs que véhicule la
narration, sur la formation de l'artiste notamment, aux réalités du
XIX<sup>e</sup> siècle ou examinent sa mise en scène du libéralisme. Des compagnons
définissent le programme d'archivage de leurs organisations,
depuis toujours attachées à la conservation de leurs actes, tandis
que d'autres interventions s'attachent à l'écho de cet ouvrage de
Sand dans la culture ouvrière et socialiste, en précisant son audience
ouvrière, et la signification du souvenir qu'en garde Jaurès quarante
années plus tard.