Jésus-Christ ou Dionysos : la foi chrétienne en confrontation avec Nietzsche

«D'un livre publié depuis plusieurs décennies, on peut se demander
s'il demeure toujours actuel. Il est à l'évidence marqué dans son
écriture par des publications de l'époque, il se situe dans des débats
qui sans être clos (et comment le seraient-ils quand il s'agit du
rapport du christianisme à l'un de ses critiques parmi les plus acerbes)
se sont sans doute déplacés. L'urgence de l'explication avec
Nietzsche de la part des chrétiens ne s'est pourtant pas démentie,
tant il est vrai que le "marteau de la critique" tombe toujours si
juste, "là où cela fait mal", tant aussi cette critique ne semble pas
encore avoir été prise au sérieux par les théologiens qu'une telle
confrontation concerne au premier chef ; et que dire plus globalement
des Églises tentées par les replis fondamentalistes et les
affirmations identitaires, se murant ainsi loin des murmures et des
attentes de l'époque ?
Non seulement l'urgence n'a pas cessé, mais avec le temps on
s'aperçoit que le diagnostic nietzschéen concernant le nihilisme
dominant a acquis une pertinence toujours plus vive et plus
impressionnante. (...) L'écoute de Nietzsche sur ce point essentiel ne
concerne à l'évidence pas que les croyants, mais elle devrait les
accompagner sans cesse, tant les proclamations doctrinaires d'un
côté et les illuminismes prétendument spirituels de l'autre peuvent
compromettre et dégrader l'annonce d'une Bonne Nouvelle devenue
caricaturale, ou audible seulement pour ceux que Nietzsche appelait
cruellement des "malades" (devant la vie et la volonté créatrice).
En ce sens, même si le débat pourrait trouver aujourd'hui de
nouvelles bases et de nouvelles nécessités, celui qui a été amorcé
jadis peut et doit encore être entendu et poursuivi.»