Les cap-horniers du Roi-Soleil ou Le commerce interlope français en mer du Sud : 1698-1724

Entre 1698 et 1724, plus de cent soixante bateaux appareillent
des ports français pour la mer du Sud où ils proposent leurs
cargaisons en parfaite contrebande aux commerçants espagnols
installés à Lima et dans les villes de la vice-royauté du Pérou.
Ce commerce interlope prend toute sa dimension durant la guerre
dite de Succession d'Espagne.
Le point culminant des armements est atteint en 1714. Ces navigations
montrent toute l'adaptation économique d'un groupe d'armateurs
qui osent le grand défi des voyages au long cours. Les navires
en provenance de France suppléent à la pénurie de produits manufacturés
dans les Indes espagnoles.
La performance réside dans les moyens nautiques mis en oeuvre. En
se lançant dans des campagnes difficiles, les navigateurs français
font considérablement avancer les connaissances géographiques du
sud de la Terre de Feu. Ils dressent des cartes des endroits découverts
et la maîtrise de la route du cap Horn autorise les capitaines à
confronter les connaissances de l'époque. Les négociations du traité
d'Utrecht, puis la nomination du Conseil de régence mettent un
terme à la contrebande française et à la fuite de l'argent des cités
minières du haut Pérou. Enfin, l'expédition punitive de Martinet et la
saisie de navires en baie d'Arica, en septembre 1717, marquent l'épilogue
de l'interlope en mer du Sud.