Jules Vallès : la violence dans la trilogie

Le romancier Jules Vallès (1832-1885) n'est pas un théoricien, et
moins encore un théoricien de la violence. À la différence de ce qu'elle
fut pour Blanqui ou pour Engels, la violence n'a pas été pour lui un
moyen au service de fins économiques ou politiques. De sa «vie violente»,
pour parler comme Pasolini, il a fait un roman, entre remémoration
et recréation.
Pour Jacques Vingtras, double fictionnel de l'auteur dans L'Enfant
(1879), Le Bachelier (1881) et L'Insurgé (1886), le problème n'est pas de
réfléchir la violence, d'en examiner «à froid» les atteintes ou d'en rationaliser
le recours, mais de la conjurer.
Vingtras est un iconoclaste et une plume redoutée. Il est, à ce double
titre, la cible de la violence d'État. Mémorialiste fictif, il témoigne à la
fois des violences institutionnelles dont il fut la victime et des violences
libératrices auxquelles il participa.
Vingtras a reçu la violence en héritage. Faisant valoir son droit
d'inventaire, il s'est revendiqué fils de ses seules oeuvres. Mais sa révolte
individuelle a fini par s'absorber dans un mouvement insurrectionnel -
la Commune de Paris. Porte-parole d'un peuple en Révolution, c'est alors
au maelström des violences civiles qu'il lui a fallu faire face.