Aigle

'Héritier d'Ibn al Arabî et de Camus, de Coltrane et de
Farid El Atrache, Jeff, l'aigle, assiste à la montée de
l'islamisme en Algérie. Les frustrations s'exaspèrent. Jeff
s'exile à Paris. Un manuscrit et quelques devises pour tout
bagage, de Barbès à Neuilly, Beaubourg et sa faune
interlope, Jeff fait son chemin dans le dédale parisien.
Décidé à participer à un concours de nouvelles, Jeff
rencontre ses personnages. Réalité et fiction s'entremêlent,
se répondent. L'intrigue prend forme à travers une
succession de mises en abîme qui lient les personnages
entre eux, le destin de l'Algérie et de la France, l'auteur à
son héros. Servi par une écriture érudite et jubilatoire, le
récit d'Aziz Chouaki s'impose par la pertinence des
questions qu'il pose : sur la création littéraire, les enjeux
identitaires, le monde d'aujourd'hui.'
J'écris en français, certes, histoire oblige, mais à bien tendre
l'oreille, ce sont d'autres langues qui parlent en moi, elles
s'échangent des saveurs, se passent des programmes télé, se
fendent la poire. Il y a au moins, et surtout, le kabyle, l'arabe des
rues et le français. Voisines de paliers, ces langues font tout de
suite dans l'hétérogène, l'arlequin, le créole. C'est en tout cas
l'enjeu majeur dans AIGLE, revendiquer l'hybride et le
contemporain. Je suis un Oriental, avec tout le jasmin et la vase,
mais aussi un parfait clone de la colonisation. Gosse, j'ai pleuré
Blandine dans nos vieux livres jaunes à gravures ; à l'école
coloniale d'Alger, j'admirais Bayard, sans peur et sans reproche.
Parmi les fumets de chorba du ramadan.
Aujourd'hui l'histoire, le drame, l'exil. Et l'écrire toujours là, à
adoucir les moeurs.
Aziz Chouaki.