Le travail des peaux et du cuir dans le monde grec antique : tentative d'une archéologie du disparu appliquée au cuir

L'histoire des techniques et des artisanats de la Grèce antique a laissé jusqu'ici peu de
place à un matériau comme le cuir, sous prétexte du manque de sources textuelles et iconographiques
ou de leur caractère trop allusif, et parce que les objets réalisés en peau,
fourrure et cuir n'ont que trop rarement été retrouvés en fouille.
Pourtant, la collecte des sources testimoniales (images, textes littéraires, épigraphiques,
papyrologiques) - menée non sans élargir le champ de la recherche à certains auteurs
latins et tardifs, comme les lexicographes - et, dans une proportion bien moindre, des données
de terrain, articulée à une modélisation technique de la fabrication du matériau,
permet de renouveler quelque peu l'approche et de préciser ce que furent cet artisanat et
les usages des peaux et du cuir en Grèce antique, bien que la somme réunie ici suscite également
un grand nombre de questions et de pistes qui restent non résolues.
Notre enquête tente ainsi, avec toute la prudence et la modestie que doit garder le chercheur
qui travaille sur les mondes antiques, de dresser le bilan de nos connaissances quant
aux étapes de fabrication de la matière première en matériau, fabrication relevant d'un
savoir spécifique mais qui devait trouver des degrés de réalisation très variables. Nous passons
ensuite en revue l'utilisation des peaux, fourrures et cuir, des emplois quotidiens les
plus attendus aux cas les plus particuliers. Nous envisageons enfin l'organisation des «métiers
du cuir», depuis l'approvisionnement en peaux brutes jusqu'aux opérations de cordonnerie,
et le jugement porté sur ces activités au IV<sup>e</sup> siècle av. J.-C. à Athènes, période la
mieux documentée sur la question.