L'évolution divine : du Sphinx au Christ

En rééditant L'Évolution Divine, du Sphinx au Christ , une double présence
doit s'imposer, en filigrane, au lecteur : d'abord bien sûr celle d'Edouard Schuré
(1841-1929), l'immortel auteur des Grands Initiés dont cet ouvrage reste
comme le pendant car, nous dira l'auteur dans sa Confession Philosophique de
1912, de nombreux passages auraient dû être mis en annexe dans son chef-d'oeuvre
de 1889... d'autant que Schuré avoue plus loin vouloir «reprendre
l'idée des Grands Initiés , mais sur un plan plus vaste». C'est là où apparaît
la deuxième présence dont nous parlons et qui s'impose de fait comme le
principal inspirateur d'un ouvrage volontairement conçu en deux parties,
comme une spirale ascendante, puis descendante : Du Sphinx au Christ et Du
Christ à Lucifer - nous voulons parler de Rudolf Steiner (1861-1925) à qui
le livre est dédié. Ce dernier rencontre Edouard Schuré à Paris. L'influence
du futur maître du Goethéanum de Dornach ne fait dès lors que croître dans
l'esprit d'Edouard Schuré, avec des ouvrages tels que Das Christenthum als
mystische Tatsache (Berlin, 1902) que notre auteur traduit en français sous le
titre de Mystère Chrétien et Mystères Antiques... Ce titre ouvre les nouvelles
perspectives vers lesquelles se projette Schuré dès 1912 : celles du lien secret
existant entre l'initiation païenne et l'initiation chrétienne et dont L'Évolution
Divine, Du Sphinx au Christ demeure comme l'ouvrage le plus emblématique.
Avec ces deux présences, ici, deux rêves qui n'en forment plus qu'un se
rencontrent au sein des Connaissances Traditionnelles : celui d'une tentative
d'esquisse de cosmogonie chrétienne, entée sur des archétypes psychologiques
et des symboles universels. Ce souci d'un universalisme christique par-delà le
monde païen auxquels les travaux d'un Louis Ménard seront aussi dédiés, aura
taraudé Edouard Schuré autant que Rudolf Steiner toute leur existence.
Cette vaste ambition de parfaire l'ésotérisme chrétien sur des bases
«anthroposophiques», ouvertes aux cheminements de l'Âme du Monde reste
le fondement de l'oeuvre eschatologique entreprise autant par Steiner que par
Schuré. Elle donne l'impulsion à la dernière période «anthroposophique» de
notre auteur, après celle du lyrisme wagnérien et du celtisme.
Les «sauts quantiques» de l'âme humaine, et le caractère en quelque sorte
digital de l'évolution de la conscience ; les mutations dont souffre encore et
toujours l'humanité, tout cela peut-il être compatible avec une continuité
ésotérique chrétienne à travers le temps ? Edouard Schuré, dans L'Évolution
Divine, du Sphinx au Christ , répond magistralement à ce dilemme.