La décadence : le mot et la chose

La décadence : le mot et la chose

La décadence : le mot et la chose
Éditeur: Belles lettres
2011341 pagesISBN 9782251444260
Format: BrochéLangue : Français

Issue de Baudelaire, ni mouvement, ni école à proprement

parler, la Décadence est un état d'esprit, un syndrome,

une diathèse. Les contemporains parlaient volontiers

de maladie. Plus poétiquement, le critique Charles Morice

y voyait «une naissance dans une agonie», «une aurore

dans la nuit» (1886). L'oxymore est bien la figure favorite

d'une rhétorique qui se résout dans l'alliance des contraires :

raffinement et barbarie, laideur et beauté, préciosité et argot,

tous ces éléments portés à l'extrême. Remy de Gourmont

situait «vers 1885» l'entrée dans la littérature française

de l'idée de décadence. Il y a bien, à cette époque, comme

il y eut une Querelle des Anciens et des Modernes, une

«Querelle de la Décadence», que Verlaine n'hésitait pas à

comparer à la bataille d'Hernani. En étudiant le sens de ce

vocable contesté, ce livre, mettant l'accent sur des questions

de lexique et de grammaire, rappelle qu'on ne faisait en ce

temps-là, nulle distinction entre Symbolisme et Décadence,

et s'interroge sur la portée de ce terme dans les domaines

poétique, politique et religieux.

Je relis L'enfant d'Agrigente , je relis Le latin mystique ,

je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les

réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait

à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la

mode et désigne un genre polymorphe : essais historiques,

scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un

point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet,

tantôt la quintessence de recherches patientes dans un

champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois

la création d'une collection intitulée «Les Belles Lettres/ essais ».

Dans le paysage éditorial français, notre maison se

distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité,

qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue

aussi par la place éminente donnée à des langues et à une

culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes.

Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité

partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la

culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la

philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style.

Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée

du Crabe marier la légèreté du Papillon<sup>1</sup>. C'est le

rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi,

on a mesuré la part de risque.

P. L.

1. Revers de l'aureus frappé en 19 av. J.-C. par le triumvir monetalis

M. Durmius. Notre image est empruntée aux Sententiose Imprese di monsignor

Paolo Giovio et del signor Gabriel Symeoni , ridotte in rima per il detto Symconi,

Lyon, G. Rouille, 1561, p. 11 («Festina lente»). Cf. W. Deonna, «The crab

and the butterfly : a study in animal symbolism», JWCI , LXV (1954), p. 67

suiv. : I. Calvino, Leçons américaines , Gallimard, 1989, Deuxième Conférence :

«... Bizarres l'une et l'autre, l'une et l'autre symétriques, ces deux formes

animales établissent entre elles une harmonie inattendue».

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