Petite chronique colmarienne de 1853 à 1871 d'après les rapports journaliers des commissaires de police au préfet

Le présent recueil est constitué par la transcription des informations les plus intéressantes relevées dans les rapports adressés quotidiennement par les commissaires de police colmariens au préfet du Haut-Rhin ainsi qu'au maire de la ville entre le 15 décembre 1853 et le 11 mai 1871, dernier jour de l'emploi de la langue française pour la rédaction manuscrite de ces documents. La langue allemande sera de rigueur à partir du 12 mai, conséquence parmi d'autres de l'annexion par l'Allemagne de l'Alsace-Lorraine après la défaite française. La plupart de ces rapports sont conservés aux Archives départementales du Haut-Rhin. Tous les documents n'ont malheureusement pas été retrouvés. Il manque notamment ceux concernant les années 1857 à 1860, 1863 et 1864, une grande partie de 1865 et 1866 ainsi que la période entre janvier et septembre 1867.
Leur lecture apporte un éclairage intéressant sur l'activité policière dans la ville ainsi qu'une source précieuse de renseignements sur l'actualité politique, économique, sanitaire, sociale et militaire de cette époque couvrant en quasi totalité le règne de Napoléon III qui s'est achevé par la guerre franco-allemande de 1870.
Le déroulement de la guerre de Crimée en 1854-1855 (appelée aussi « Affaire d'Orient » est suivi fébrilement jour après jour d'après les nouvelles et rumeurs colportées, les mouvements de troupes dans notre ville de garnison et le retour de blessés.
D'autres informations nous éclairent sur les épidémies de choléra de 1854 et 1855 qui ont eu pour conséquence un renforcement drastique des mesures sanitaires sous le contrôle des commissaires de police. Les innombrables infractions relevées concernant l'insalubrité de la voie publique et le manque d'hygiène des logements et de leurs habitants nous informent que la ville de Colmar était plutôt crasseuse en ces années-là : de nombreuses porcheries étaient attenantes à des habitations et des commerces d'alimentation, des tas de fumier bordaient les rues, les pots de chambre étaient vidés par les fenêtres, de sorte que les rigoles étaient de véritables cloaques.
D'autres indications intéressantes concernant les prémices et le début de la guerre de 1870 dans la ville de Colmar sont évoquées.
La sensibilité d'ancien fonctionnaire de police a ordonné à l'auteur d'enregistrer systématiquement les actes de violences et les insultes envers les représentants de l'ordre. Il a également enregistré la plupart des infractions relevées à l'encontre des tenanciers de lieux publics (brasseries, restaurants, hôtels, cabarets, maisons closes) ainsi que celles concernant les prostitués (environ 75 « régulière ») qui exerçaient dans la rue et devaient posséder une carte, ce qui facilitait leur contrôle sanitaire.
La vie nocturne à cette époque était très animée. Vers 1860, la cité qui abritait une population de 21 000 habitants comptait plus de 170 débits de boisson. De plus, il existait un quartier « chaud » comportant sept maisons closes animées par une quarantaine de filles n'était pas autorisées à racoler dans la rue. Au fur et à mesure le lecteur peut suivre l'évolution des moeurs, du progrès technologique et industriel ainsi que la progression des méthodes de travail des commissaires de police.