Bacon, l'effroyable viande

La peinture de Bacon est angoissante. Elle nous met mal à l'aise.
Elle montre une viande à l'état brut qui nous rappelle notre condition.
La peinture de Bacon n'est ni informe ni difforme et n'a que faire du
contour. Elle exprime autant le refus de la peau sans chair de La
Déposition de la croix de Fra Angelico que de la chair sans peau de la
Leçon d'anatomie de Rembrandt.
La peinture de Bacon est faite de peu de chose. Sans artifice, elle
s'attache au fait, rien qu'au fait. Ses aplats sont des territoires qui
poussent du dedans pour écarter des contours trop étroits.
Brutale, la peinture de Bacon s'attaque à l'intégrité du corps jusqu'à
le faire exploser. Mais, elle est surtout sans concession comme pour
dire que le corps n'est que le vestige de la viande.