Les hooligans

En 1935, quand paraît ce livre, Mircea Eliade n'a que
vingt-huit ans. En Roumanie, où il est déjà célèbre, c'est
tout de suite un petit scandale et un énorme succès,
dont les jeunes filles de bonne famille qui peuplent
nues les nombreuses scènes d'alcôve ne sont que le prétexte.
La raison en est (à une époque où la mode faisait
rimer démocratie avec décadence) la description
lucide et ironique de l'engouement pour le fascisme et
ses "régiments parfaitement et également intoxiqués
par un mythe collectif" qui "prépare la jeunesse à une
mort collective". Cette "barbarie nouvelle" - poursuit
Eliade - est notamment le propre des hooligans , que
caractérise "une totale ignorance des vérités, de
l'ordre, de la maturité. Certains brisent les vitres et
assomment les gens, d'autres affirment que le monde
commence avec eux." Comment en sont-ils venus là ?
Mieux qu'un essai, ce roman le fait comprendre justement
parce qu'il est un roman captivant. A travers ses
multiples rebondissements, le lecteur s'identifie rapidement
aux personnages, ne peut plus les quitter et, de
ce fait, revit intérieurement toute une époque qui allait
enfanter la nôtre dans un bain de sang.