Les fantassins du Chemin des Dames

Epuisé depuis longtemps après plusieurs tirages et toujours recherché, l'ouvrage de R-G. Nobécourt «Les Fantassins du Chemin des Dames», couronné par l'Académie Française et les «Ecrivains Combattants», reste, parmi tant d'autres, l'un des témoignages les plus véridiques et les plus complets sur les soldats de la «Grande Guerre» qui, à un moment ou à un autre, «montèrent» au Chemin des Dames, sur cette falaise du Soissonnais qui fut le centre du «triangle mystique» de la plus vieille histoire de France.
Il évoque sans doute surtout l'offensive malheureuse du Général Nivelle le 16 avril 1917, les espoirs qu'elle fit naître et la crise du moral qu'elle causa. Cette offensive et les «mutineries» sont naturellement racontées dans ce volume en deux chapitres culminants, mais elles se placent dans une suite de péripéties dramatiques dont le Chemin des Dames fut en quelque sorte le champ clos, de septembre 1914 à octobre 1918.
Voici donc les vainqueurs de la Marne, les premiers morts de l'Automne, les tranchées de 1915 et 1916, l'offensive d'avril et les combats incessants de l'été 1917, la victoire de la Malmaison en octobre et l'hiver dans la vallée de l'Ailette, la percée allemande de mai 1918 et la marée de septembre qui submergea définitivement la falaise.
Les «Grands Chefs» sont là : leurs doctrines, leurs ordres, leurs rapports, leurs humeurs. «Les hommes» surtout y sont aussi avec les sous-officiers, les aspirants et les capitaines, leur vie quotidienne dans les tranchées, les creutes, les cantonnements, leurs chansons et leurs peines, leur «barda», leurs «totos» et, pour beaucoup, leur vingtième et dernier printemps.
L'un des apports nouveaux de l'ouvrage venait des lettres même des poilus, gardées, censurées ou résumées par le contrôle postal et qui, selon les saisons et les moments, exprimaient ou reflétaient les chutes et les remontées du moral.
Survivant - trois fois blessé dont une au Chemin des Dames - de ces «bleuets de 17» auxquels il consacre l'un de ses chapitres les plus fraternels R-G. Nobécourt réunit la double compétence de l'historien chercheur de documents originaux et fouilleur d'archives (il est membre de la Commission française d'Histoire Militaire) et du témoin fidèle aux souvenirs, toujours brûlants, de sa jeunesse casquée et à ses camarades anciens combattants.