Politique, Etat, souveraineté : faire comme Un. Vol. 1. Le lieu politique : constitution et déconstitution

Les grandes interrogations sur la politique, la Cité, la République, se posent
le plus souvent au cours de périodes où les réalités auxquelles ces notions sont
communément référées sont en voie de délitement. Il en était ainsi dans l'Antiquité,
comme en attestent, parmi d'autres, les préoccupations qui se font jour
dans les écrits de Démosthène, Aristote, Cicéron. C'est aussi, en substance, ce
qu'énonçait il y a plus de quinze siècles, Augustin, lorsque, dans une formule
ramassée, se fondant sur la définition cicéronienne de la respublica, il confrontait
celle-ci à sa réalité :
La république n'est plus puisqu'elle a cessé d'être la chose du peuple.
Nous n'avons plus que le nom de république dont la réalité est dès longtemps
perdue.
Dans des circonstances où paraissent, une nouvelle fois, se défaire des institutions
humainement construites, politique, république ou nation, il importe
de savoir si l'usage de ces mots recouvre des réalités vivaces ou en voie de
déconstitution. Il convient pour cela de «savoir à quoi on a affaire», de quels
objets on parle, c'est là l'ambition de cet essai. Il ne s'agit pas pour autant de
forger de toutes pièces des concepts inédits et vides, mais plutôt de travailler à
penser la politique et ses lieux de réalisation, non en tant qu'idées, mais en tant
que "choses", réalités concrètes, faisant retour aux réflexions de ceux qui se
sont attachés à les concevoir dans leurs processus de constitution.