Le harem du Caire

Le Harem du Caire n'a pas grand-chose d'un
journal de voyage. Son auteur cède avant tout
au plaisir du récit, avec ses personnages imposés
et ses péripéties. Avec en supplément un grain
de fantaisie. L'aventure picaresque du narrateur
se déroule ici en mineur, le parcours dans les
rues du Caire reste serein, jamais dangereux, ni
inquiétant, ni soucieux.
Chaque désillusionnement s'achève dans un
sourire d'autodérision ; et lorsque Nerval s'embarque
sur le Nil pour la Syrie, accompagné de
son «esclave au teint doré», ce n'est pas la tristesse
du départ qui l'étreint, mais le regret d'un
monde en voie de disparition, devant l'assaut
de la modernité. Au moins les aura-t-il connus,
comme dans un songe, dont le charme désinvolte
l'aurait métamorphosé lui-même en un personnage
de conte oriental. Que ce conte joue double
jeu, en entraînant son héros à travers tous les
artifices du genre, tout en le déniaisant au fur et
à mesure, n'est pas la moindre source de notre
plaisir de lire, ni non plus de sa modernité.
Henri Mitterand