Les orfèvres de basse Bretagne : dictionnaire des poinçons de l'orfèvrerie française

Les orfèvres de basse Bretagne : dictionnaire des poinçons de l'orfèvrerie française

Les orfèvres de basse Bretagne : dictionnaire des poinçons de l'orfèvrerie française
Éditeur: APIB
2003ISBN 9782905064202
Format: BrochéLangue : Français

A l'image de l'exceptionnelle richesse du patrimoine architectural et

mobilier, l'ensemble des 1 100 pièces d'orfèvrerie recensées en basse

Bretagne par l'Inventaire général, sans doute l'un des plus importants

de France, étonne par sa qualité et sa diversité.

Fleurons de cet art fastueux entre tous qu'est l'orfèvrerie, les multiples

reliquaires morphologiques des XIV<sup>e</sup>, XV<sup>e</sup> et XVI<sup>e</sup> siècles, chefs, bras,

jambes et doigts, transmettent au fidèle et à l'historien, en même

temps que la présence des corps saints, les mythes fondateurs de la

culture bretonne ; les chapelles et pupitres-reliquaires, objets petits et

raffinés, imprégnés par la création architecturale contemporaine,

traduisent le rayonnement des arts, encouragé par la dynastie

victorieuse des Montfort. Sur les pièces gothiques d'une sobre

élégance ou celles plus somptueuses de la Renaissance, apparaissent

les premiers poinçons bretons.

Parmi les 550 orfèvres recensés dans le Dictionnaire du présent ouvrage,

les noms des lignées célèbres de la Cornouaille et du Léon côtoient ceux

moins connus du Trégor et du Vannetais. Leurs biographies rédigées

à l'aide de pièces d'archives inédites font ainsi ressurgir tout un pan

de l'histoire sociale de la Bretagne d'Ancien Régime.

Plus de 500 poinçons apportent désormais aux chercheurs et

collectionneurs un outil de référence indispensable. Enfin le catalogue

des 364 oeuvres publiées ici, quasi exhaustif pour le Moyen Age et la

Renaissance, s'est efforcé de choisir, dans le fonds très riche des XVII<sup>e</sup> et

XVIII<sup>e</sup> siècles les pièces les plus représentatives de leur époque ou les

plus exceptionnelles, en mettant l'accent sur l'originalité des créations

de basse Bretagne dont témoignent, entre autres, les coupes de

mariages et les croix de procession finistériennes, emblèmes personnels

ou collectifs d'une société rurale à son apogée.

25 mars 1969

(...)

En même temps qu'il complète nos connaissances,

il [l'inventaire] suggère une mise en

question sans précédent des valeurs sur lesquelles ces

connaissances se fondent. Les objets d'archéologie

peuvent être définis en tant que témoins. On les

rassemble selon des méthodes d'ordre scientifique, ou

qui tentent de l'être. L'inscription inconnue rejoint

l'inscription connue, et le morceau d'architrave, la

colonne mutilée. Il n'en va pas de même des oeuvres

d'art. Au musée, dans notre mémoire, dans nos

inventaires, l'objet inconnu, depuis un siècle, rejoint

moins l'objet connu que l'oeuvre dédaignée ne rejoint

l'oeuvre admirée. L'inventaire qui rassemblait les

statues romaines de Provence n'était pas de même

nature que celui qui leur ajoute les têtes de

Roquepertuse et d'Entremont.

Il ne s'agit pas seulement d'une "évolution du

goût". (Evolution d'ailleurs troublante, comme celle

de la mode, car nul n'a expliqué ce qui pousse les

hommes à être barbus sous Agamemnon, Henri IV

et Fallières et rasés sous Alexandre ou Louis XV). Ce

n'est pas seulement le goût qui, dans les inventaires,

ajoute les statues romanes aux statues romaines, et les

oeuvres gothiques aux oeuvres romanes avant de leur

ajouter les têtes d'Entremont. Mais ce ne sont pas non

plus les découvertes, car les oeuvres gothiques n'étaient

point inconnues : elles n'étaient qu'invisibles. Les

hommes qui recouvrirent le tympan d'Autun ne le

voyaient pas, du moins en tant qu'oeuvre d'art. Pour

que l'oeuvre soit inventoriée, il faut qu'elle soit

devenue visible. Et elle n'échappe pas à la nuit par

la lumière qui l'éclaire comme elle éclaire les roches,

mais par les valeurs qui l'éclairent comme elles ont

toujours éclairé les formes délivrées de la confusion

universelle. Tout inventaire artistique est ordonné

par des valeurs ; il n'est pas le résultat d'une

énumération, mais d'un filtrage.

Nous écartons, nous aussi, les oeuvres que nous ne

voyons pas. Mais que nous puissions ne pas les voir,

nous le savons, et sommes les premiers à le savoir ;

et nous connaissons le piège de l'idée de maladresse.

Si bien que nous ne tentons plus un inventaire des

formes conduit par la valeur connue : beauté,

expression, etc. qui orientait la recherche ou la

résurrection, mais, à quelques égards, le contraire :

pour la première fois, la recherche, devenue son objet

propre, fait de l'art une valeur à découvrir, l'objet

d'une question fondamentale.

Et c'est pourquoi nous espérons mener à bien ce

qui ne put l'être pendant cent cinquante ans :

l'inventaire des richesses artistiques de la France est

devenu une aventure de l'esprit.

André Malrauxa

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