La Grèce fantôme : voyage au bout de la crise, 2010-2013

En mai 2010, le FMI, l'Union européenne et la BCE ont missionné
leurs experts et mis le pays sous leur tutelle. Trois ans plus tard, au
lieu d'un redressement des finances, on assiste à un effondrement
du pays et à une catastrophe humanitaire. La Grèce n'est plus que
le fantôme d'elle-même.
Panagiotis Grigoriou fait la chronique de la vie effroyable en
temps de crise. Historien et ethnologue ayant longtemps enseigné en
France, il choisit de vivre à Athènes en 2008 : dès le déclenchement
des événements, il décide de rapporter le quotidien des Grecs dans
un blog, Greek Crisis, qui connaît un succès immédiat. Ces histoires
sont celles de la classe moyenne qui disparaît du monde du travail,
des actifs tous touchés par le chômage, et pour les plus «chanceux»
d'entre eux, contraints à prendre le chemin de l'exil. Il dit le désespoir
des petits commerçants, des étudiants, des diplômés ou encore des
retraités, à la recherche de stratégies de rechange, souvent dérisoires
ou impossibles : quitter le pays, changer de secteur d'activité, se répolitiser,
se dé-socialiser, ou encore se suicider ou se laisser mourir...
Ce sont les seules alternatives laissées à une population totalement
déstabilisée, qui n'a plus d'autre perspective que sa survie immédiate.
La crise ne s'est pas abattue sur la Grèce à cause des errements
réels et avérés de sa classe politique. L'explosion de la dette du pays
n'est pas la seule cause : la Grèce a été choisie comme laboratoire
des politiques d'austérité, elle est soumise à une expérience-limite.
La Grèce fantôme se veut aussi une réflexion sur le projet européen
et ses incohérences, voire ses faillites.