Chimères, n° 78. Soigne qui peut : la vie

Quand le management se fait toujours plus envahissant, quand le
soin/traitement vise des chaînes toujours plus courtes et des tactiques
toujours plus adaptatives, le renouveau de la catégorie du soin/souci (ou
care ) est un signe d'espoir et peut-être de ralliement. Si du moins il ne se
réduit pas à désigner un espace d'assistance dévalorisé, caritatif ou
domestique, auquel seraient assignés certains et surtout certaines. Pour
rendre visibles les moindres gestes d'invention du quotidien qui font que les
existences trouvent consistance tenable, pour exprimer la présence à soi et à
l'autre qui permet de penser ce que nous faisons sur nos terrains respectifs,
mais aussi pour articuler le plus intime, les communications non verbales ou
pathiques, l'espace du dire vrai dans l'amitié et le rapport à soi, et le plus
public, soit la reconstruction d'un espace commun vivant.
Ce numéro accueille des expériences cliniques, artistiques, sociopolitiques,
ainsi que des tentatives de conceptualisation, permettant de baliser un
champ prospectif du soin-souci comme ouverture éthico-esthétique et
éthico-politique.