La cité à l'épreuve des rois : le siège de Rhodes par Démétrios Poliorcète (305-304 av. J.-C.)

Après la mort d'Alexandre le Grand, ses successeurs se disputent le commandement des
territoires conquis. Antigone le Borgne, qui domine déjà une grande partie de l'Asie
Mineure, et Ptolémée, qui exerce le pouvoir en Égypte, s'affrontent pour la maîtrise du
bassin oriental de la Méditerranée, chacun cherchant à rallier à sa cause le plus grand nombre
de cités grecques. Rhodes représente un enjeu stratégique de premier plan. Son vaste territoire,
dont une partie s'étend déjà sur le continent asiatique, le dynamisme de son commerce
maritime, l'efficacité de son armée navale, font d'elle un État que les nouveaux souverains ne
peuvent ignorer. Dans ce monde en mutation, la cité fait le choix de préserver les liens privilégiés
qu'elle entretient avec Ptolémée et d'échapper à la pression d'une alliance trop exclusive
voulue par Antigone. Mais si elle apparaît comme le point de fixation du conflit opposant les
deux puissances, il n'en reste pas moins qu'elle entend s'affirmer comme un État libre, maître
de sa diplomatie et de sa politique extérieure. En 305 av. J.-C., Antigone ordonne à son fils
Démétrios de faire voile vers Rhodes avec des troupes et un équipement de siège. Les moyens
matériels et humains déployés, sur terre comme sur mer, sont sans précédent ; le jeune roi y
acquiert le titre de «Poliorcète». Mais les Rhodiens, forts de leur marine et de leurs alliés, lui
opposent une résistance acharnée pendant près d'une année, faisant ainsi la démonstration
selon laquelle une cité pouvait encore gagner par les armes une part de sa souveraineté.
Le propos de ce livre n'est pas tant de retracer le déroulement du siège que de comprendre
comment il s'inscrit dans l'histoire du pouvoir, en particulier dans le système de relations entre
rois et cités. L'événement se produit au moment où se forment les grandes monarchies hellénistiques,
où la construction navale et le machinisme militaire sont marqués par le gigantisme,
où l'art des fortifications et l'artillerie défensive se développent. Il s'agit donc d'observer en
un point précis du temps et de l'espace l'évolution du politique et de sa manifestation la plus
significative, la guerre, qui, à la fin du IV<sup>e</sup> siècle, se traduit autant par des batailles navales et des
combats d'infanterie lourde menés à grande échelle, que par des assauts lancés à grands frais
par des rois contre des cités, qu'ils veulent punir ou soumettre à leur autorité.