Le plus beau but était une passe : écrits sur le football

Le plus beau but était une passe
Le souci du beau jeu a progressivement cédé la place à l'idée jugée plus « réaliste » selon laquelle une équipe
doit d'abord être organisée pour ne prendre aucun but. La nécessité de marquer des buts, elle, ne repose plus
sur une culture spécifique et sur des phases construites et apprises à l'entraînement, mais seulement sur les erreurs
de l'adversaire, sur l'exploit individuel et sur les coups de pieds arrêtés. C'est ce refus a priori de privilégier
la construction du jeu qui explique que tant de matchs soient, de nos jours, si ennuyeux à regarder.
Et pourtant, les admirateurs du beau jeu ne manquent pas, comme en témoigne l'auteur de ce livre, lequel doit
son titre à l'une des répliques cultes du film de Ken Loach, Looking for Eric . Comme Eric Bishop (le working class
hero du film) lui demandait quel était le plus beau but de sa carrière, Éric Cantona avait répondu : « Mon plus
beau but ? C'était une passe ! » Boutade de génie, qui constitue assurément le plus bel hommage à ce passing
game qui définit, depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, l'essence même du football ouvrier et populaire - autrement dit, construit et tourné vers l'offensive.