L'art de la fugue en littérature de jeunesse : Giono, Bosco, Le Clézio, maîtres d'école buissonnière

La figure de la fugue est incontestablement l'un des motifs
centraux de nombreux romans jeunesse. Elle est aussi souvent
employée comme métaphore de la lecture des jeunes.
Mais ne peut-elle pas également être considérée comme
stratégie narrative et source de créativité d'une certaine
forme de création littéraire ?
S'interrogeant d'abord sur la réception de la littérature
destinée à la jeunesse, cet ouvrage tente de cerner aussi
une manière d'écrire pour ce lectorat. Les premiers livres
destinés à la jeunesse étaient des récits pour adultes récrits
pour les enfants dans un but didactique visant à édifier
les jeunes esprits. Cependant, délaissant, par exemple,
la morale des contes au profit de la trame narrative, s'attachant
aux exploits d'un héros sans se soucier des leçons
que l'on peut en tirer, les jeunes lecteurs dessinent leurs
goûts et révèlent bientôt leur capacité de «détourner» un
ouvrage de son but premier.
Le présent essai a d'abord envisagé ces modes de lecture
des jeunes, fondés sur la pratique du «détournement» et
du «bricolage» - au sens où l'entend Lévi Strauss dans La
Pensée sauvage - par l'intermédiaire de l'étude de grands
succès de littérature de jeunesse. Puis, en analysant les
ouvrages-jeunesse de Giono, Bosco et Le Clézio, il montre
que chacun de ces écrivains, à sa manière, entretenant ses
souvenirs d'enfance au moyen de la création littéraire, prolonge
et/ou répond à ce comportement déviant de son
lectorat et à son goût pour les chemins buissonniers.
Cette étude propose une piste de réflexion étayée par l'analyse
de nombreux ouvrages ayant rencontré le succès auprès
des publics enfantins de différents pays.