Le chaudron du Dagda

Le chaudron d'abondance du dieu-druide irlandais Dagda aiguise depuis
longtemps la curiosité des Celtisants. La rareté, tout autant que le caractère
tardif et christianisé des sources mythologiques le mentionnant, ont fait qu'aucune
étude d'envergure n'avait été consacrée jusqu'ici à cet attribut divin et à la
signification qu'il recouvrait dans la pensée religieuse gaélique préchrétienne.
Valéry Raydon tente de combler cette lacune à l'aide de la méthode
structurale et comparative dumézilienne. Relevant la qualité de la source de
référence sur ce chaudron, une notice tenant lieu à la fois de théogonie, de
sociogenèse divine, et de récit étiologique sur l'origine de la souveraineté
irlandaise, il restitue la place de ce chaudron à l'intérieur du système panthéiste
goïdélique et met en lumière le réseau complexe d'éléments symboliques codifiant
le motif mythologique de cet attribut divin. L'authenticité et l'ancienneté
de la tradition transmise tardivement est démontrée à la fois par la concordance
de la codification du chaudron du Dagda avec les autres accessoires connus du
dieu, et par sa relation directe avec une conception archaïque de l'organisation
du panthéon et de la souveraineté relevant de l'idéologie trifonctionnelle indoeuropéenne.
L'auteur identifie aussi une application rituelle du chaudron du Dagda
survivant dans une institution majeure de l'Irlande alto-médiévale, celle du
'chaudron de répartition' propre à l'aristocratie gaélique. Et il traque les
avatars du chaudron mythique dans l'épopée, dans l'hagiographie, mais aussi
dans la toponymie et les légendes qui s'y rattachent. Il discute la fidélité des
avatars débusqués au schéma mythologique décalqué et examine leurs éventuels
apports à l'approfondissement de la compréhension du chaudron du Dagda.
Ainsi assiste-t-on au lever du mystère sur deux des aspects les plus énigmatiques
de cette marmite : son rapport aux eaux marines et l'origine de son pouvoir
génésique extraordinaire.