Noir divan

Meurtre, suicide, enlèvement, un dingue, un prof décalé, l'énigmatique
boiteux, de drôles de pèlerins ; bref, de quoi souder comme les doigts
de la main un Phocéen et un Parigot tout droit débarqués de Mai 68 !
Je me fis déposer à deux pâtés de maisons de chez
moi. La rue était déserte, des lumières bleutées
gigotaient aux fenêtres. Tous les pingouins mâles
adultes se chauffaient les fesses, ils maquaient
sûrement des filles de rêve. L'horloge de l'église
sonna la demie. J'eus un drôle de pressentiment...
On avait programmé l'assassinat d'Hélène, Perez
avait sauté du 5<sup>e</sup>, un député se baladait dans la
nature. Bref, ces types ne plaisantaient pas, et Léo
se trouvait très précisément là où je n'aurais
jamais dû le laisser seul : il existait bel et bien une
«piste lyonnaise».
J'en étais là de mes pensées, quand je me sentis
soulevé de dix bons centimètres et projeté sous un porche. J'atterris à plat ventre,
mon front cogna une surface dure et froide. Je remuai la tête, aspirai une goulée
d'air. Il y eut des craquements de chevilles, un bruit de semelles qui ripent. Et plus
rien. Le gars connaissait son business, il ne se magnait pas. Je pliai les genoux,
libérai mes bras, poussai... Vaille que vaille, j'étais debout. Je titubai, le crâne éclaté
comme une pastèque. Cette fois, il ne me laissa pas le temps de dire ouf...