Conflits et démocratie : quel nouvel espace public ?

La démocratie se conçoit habituellement par opposition au conflit, vecteur de
division et de dissension au sein du corps politique. Comme l'indique Christian
Lazzeri dans sa préface, «le présent livre, bien que ses auteurs ne contestent pas la
nécessité des pratiques de démocratie délibérative, considérerait plutôt que leurs
présupposés résident d'une part, dans une représentation négative des conflits et de
l'autre, en la croyance dans la possibilité de les réduire».
Partant de la distinction entre conflit et violence, cet ouvrage collectif a ainsi pour
ambition de redonner tout son sens agonistique à la démocratie : un espace public
où la possibilité même du conflit doit être maintenue. Qu'ils prennent la forme des
mobilisations en faveur des travailleurs pauvres, des immigrés clandestins, des
minorités dites «culturelles» ou «ethniques», les conflits au sein d'une démocratie
ne disent pas, contrairement à ce que l'on pourrait penser, «ce que veut le peuple»,
mais ce que le peuple ne veut pas, à savoir sa disparition, son invisibilisation en tant
que peuple. Les conflits témoignent alors des capacités de résistance à des formes
d'oppression, qu'elles soient de classe, de race ou de genre, visant à changer le récit
de la communauté politique afin de rendre au terme de démocratie son sens
authentiquement originel : un égal accès à la sphère publique pour tous.